À la sortie de la gare de Ninh Binh, un matin de mars, on a compris qu’on s’était trompés de découpage : trois nuits réservées là où deux suffisaient, et deux jours manquants à Hué. Choisir ses villes au Vietnam, ce n’est pas cocher des noms sur une carte, c’est décider combien de nuits donner à chacune, parce que le pays s’étire sur 1 726 km de voie ferrée et que chaque déplacement avale une demi-journée.
En résumé
- Le train de la Réunification couvre 1 726 km entre Hanoï et Hô Chi Minh-Ville en 32 à 37 heures.
- Hanoï, Hué, Hoi An et Hô Chi Minh-Ville valent 2 à 3 nuits chacune, Da Nang une seule.
- Nha Trang est très bétonnée : on la saute sans regret, Da Lat mérite bien plus le détour.
- Le nord est sec de novembre à avril, le centre pleut de septembre à janvier, le sud de mai à novembre.
- Comptez 15 jours pour cinq villes, 3 semaines pour en enchaîner huit sans courir.
Les villes au Vietnam du nord : Hanoï, Ninh Binh, Sapa
Hanoï, 2 à 3 nuits. On y fait deux choses : marcher sans itinéraire dans le vieux quartier des 36 corporations, et s’asseoir. Café aux œufs à 40 000 VND (1,30 €) sur un tabouret plastique, bun cha à midi, bière fraîche rue Ta Hien vers 18 h. Ce qui déçoit : traverser une rue reste un exercice nerveux, et la « rue du train » est barrée par la police depuis plusieurs saisons.
Ninh Binh, 2 nuits. À 95 km au sud de Hanoï, 2 h 15 à 2 h 45 de train pour 130 000 à 443 000 VND. La barque à rames entre les pitons calcaires de Trang An coûte 250 000 VND (8 €), le site ouvre de 7 h à 17 h et l’itinéraire 2 se boucle en 2 h 30. On monte aussi les 500 marches de Hang Mua avant les cars. Ce qui déçoit : Tam Coc, le site voisin, est plus court et plus commercial.
Sapa, 2 à 3 nuits, et seulement si vous marchez. 350 km de Hanoï, 5 h 30 à 6 h en limousine directe, ou train de nuit jusqu’à Lao Cai en 8 h puis 38 km de route. Le Fansipan culmine à 3 147 m, son téléphérique coûte 850 000 VND l’aller-retour (28 €). L’intérêt reste les randonnées vers Ta Van. Ce qui déçoit : la ville est un chantier de bétonnage, et d’octobre à mars la brume efface la vallée pendant des jours.
Les villes au Vietnam du centre : Hué, Da Nang, Hoi An
Le centre tient dans 125 km, le tronçon le plus confortable du voyage.
Hué, 2 nuits. La ville impériale, celle qui donne sa profondeur historique au voyage. La Cité impériale coûte 200 000 VND, chaque tombeau royal 150 000 VND, le combiné avec Minh Mang, Tu Duc et Khai Dinh 530 000 VND (17,50 €). Ce qui déçoit : la ville moderne autour de la citadelle est sans charme.
Da Nang, 1 nuit maximum. Da Nang est balnéaire, pas culturelle, et c’est le grand malentendu du centre. Une plage urbaine propre (My Khe), une skyline de tours neuves, un pont du Dragon qui crache du feu le samedi soir, un bon musée cham. Ba Na Hills et son pont doré sont un parc à thème. L’aéroport est à 3 km du centre, 38 vols quotidiens depuis Hanoï : sa vraie fonction, c’est le hub aérien.
Hoi An, 3 nuits. Notre étape préférée. Le billet vieille ville coûte 120 000 VND (4 €), donne accès à 5 sites sur 22 et vaut 24 h ; les guichets ouvrent de 7 h à 21 h. Se promener dans les rues reste gratuit. Vélo vers les rizières de Tra Que le matin, plage d’An Bang l’après-midi. Ce qui déçoit : entre 18 h et 21 h, les lanternes se photographient à trois rangs. Sortez à 6 h 30, le contraste est total.
Les villes au Vietnam du sud : Da Lat, Nha Trang, Saigon, Can Tho
Da Lat, 2 nuits. Perchée à 1 500 m, elle ne descend jamais sous 10 °C en hiver et ne dépasse pas 25 °C en été. Après dix jours de moiteur, c’est un soulagement physique. Plantations de café, villas coloniales délavées, marché de nuit. Aucune plage, ce qui fait fuir la moitié des voyageurs et rend l’endroit respirable.
Nha Trang, 0 à 1 nuit. L’étape qu’on retirerait d’un itinéraire de 15 jours. Le front de mer est une muraille de tours, la baie reçoit environ 10 tonnes de déchets par jour selon les acteurs du tourisme local, et la fréquentation a été multipliée par six en neuf ans après l’arrivée des low cost. Pour la plage, préférez An Bang.
Hô Chi Minh-Ville, 2 à 3 nuits. Saigon est bruyante, verticale, bien plus américaine que Hanoï dans son urbanisme. Le musée des Vestiges de la guerre demande deux heures et met mal à l’aise, c’est son but. Cho Lon se visite le matin, Cu Chi occupe une demi-journée. Ce qui déçoit : le district 1 s’est couvert de rooftops interchangeables. Le vrai plaisir est dans les hem, ces ruelles où on mange un com tam pour 45 000 VND.
Can Tho, 1 à 2 nuits. À 188 km de Saigon, environ 4 h de bus pour 200 000 à 270 000 VND en couchette. On y vient pour le marché flottant de Cai Rang, et autant être clair : l’activité bat son plein entre 5 h et 7 h et la plupart des bateaux ont replié après 8 h. Partir de l’embarcadère de Ninh Kieu à 5 h ou rester au lit, il n’y a pas d’entre-deux.
Relier les villes au Vietnam : train, avion ou bus de nuit
- Train de la Réunification : 1 726 km de Hanoï à Hô Chi Minh-Ville, 31 h 25 annoncées pour le SE1, 32 à 37 h dans les faits. Hanoï vers Hué, 688 km en 13 h à 14 h 30, couchette molle à quatre de 55 à 75 €.
- Hué vers Da Nang : une centaine de kilomètres, 2 h 30 à 3 h 20, de 100 000 à 300 000 VND. C’est le col des Nuages, à flanc de falaise au-dessus de la baie de Lang Co, le seul trajet du pays qu’on referait pour lui-même. Comme le train entre Jakarta et Yogyakarta, on y garde le nez à la fenêtre.
- Avion intérieur : Hanoï vers Saigon, 1 160 km en 2 h environ. Hanoï vers Da Nang, 629 km en 1 h 20, 38 vols par jour, de 770 000 à 2 680 000 VND (25 à 88 €). Réservé un mois à l’avance, il coûte souvent moins qu’une couchette.
- Bus et limousines : Hué vers Hoi An, 125 km en 3 h en voiture privée, 320 000 VND en limousine neuf places. Nha Trang vers Da Lat, 134 km par la nationale 27C, 3 h, 240 000 à 300 000 VND.
Notre règle : au-delà de 600 km, l’avion ; en dessous, le train ou la limousine. Les bus de nuit couchettes coûtent trois fois rien mais sont taillés pour 1,70 m.
Le climat, ce qui change vraiment entre le nord et le sud
Le Vietnam n’a pas une saison, il en a trois, décalées selon la latitude :
- Nord (Hanoï, Ninh Binh, Sapa) : frais et brumeux de novembre à février, agréable de mars à mai, lourd de juin à août, lumineux de septembre à novembre. Polaire obligatoire à Sapa en janvier.
- Centre (Hué, Da Nang, Hoi An) : sec de février à août, pluies de septembre à janvier avec risque de typhon. Hoi An est inondée presque chaque année en octobre ou novembre.
- Sud (Saigon, Da Lat, delta du Mékong) : sec de décembre à avril, humide de mai à novembre, avec des averses courtes en fin d’après-midi plutôt que des journées perdues.
La seule fenêtre où les trois régions sont bonnes en même temps va de novembre à avril, février-mars étant le meilleur compromis. En juillet, on peut faire le sud et le centre, pas Sapa.
Deux itinéraires chiffrés entre les villes au Vietnam
Le premier tient en quinze jours :
- J1 à J3 : Hanoï, 3 nuits.
- J4 à J5 : Ninh Binh, 2 nuits, train de 2 h 15.
- J6 à J7 : Hué, 2 nuits, train de nuit ou vol via Da Nang.
- J8 à J10 : Hoi An, 3 nuits, limousine de 3 à 4 h depuis Hué.
- J11 à J13 : Hô Chi Minh-Ville, 3 nuits, vol de 1 h 20 depuis Da Nang.
- J14 à J15 : Can Tho, 1 nuit, 4 h de bus aller-retour.
Budget indicatif hors vol international, en guesthouse correcte : 45 à 65 € par jour et par personne, transports intérieurs compris. Un peu plus qu’un circuit de 15 jours en Thaïlande, à cause des vols domestiques.
Sur trois semaines, on garde le même axe et on ajoute trois respirations : Sapa (2 nuits, après Hanoï), Da Lat (2 nuits, entre Hoi An et Saigon, en vol depuis Da Nang) et une deuxième nuit à Can Tho, pour faire Cai Rang sans se lever à 4 h le lendemain d’un trajet.
Questions fréquentes
Combien de villes au Vietnam peut-on voir en deux semaines ?
Cinq, pas plus, en dormant deux nuits minimum par étape. Au-delà, vous passez un jour sur trois en transit.
Faut-il faire le train de la Réunification en entier ?
Non. Les 1 726 km d’une traite représentent 32 à 37 heures alors que l’essentiel du paysage tient sur 100 km entre Hué et Da Nang. Faites ce tronçon, l’avion pour le reste.
Quelle ville sacrifier si le temps manque ?
Nha Trang, sans hésiter. Ensuite Da Nang, réduite à un transit aéroport en dormant directement à Hoi An, à une trentaine de kilomètres.
Vaut-il mieux commencer par le nord ou par le sud ?
Peu importe, les vols internationaux desservent les deux. En novembre et décembre, partir du sud évite d’attaquer le centre en pleine saison des pluies.
Nos sources
Ce qui a changé nos deux voyages, c’est d’avoir accepté d’en retirer une pour en garder trois de plus. En cas de doute : Hanoï, Ninh Binh, Hué, Hoi An, Saigon. Le reste attendra.

